Sa famille faisait partie des rares émigrés espagnols que dissimule l’Allemagne. Sa grand-mère était illettrée et ne connaissait que l’espagnol. Son grand-père souffrait de surdité et d’un léger handicap qui le clouait sur une chaise roulante. Sa mère était une simple institutrice qui avait fini dans un collège de banlieue à essayer d’apprendre sa langue natale à des adolescents récalcitrants, tandis que son père travaillait en tant qu’aide-cuisinier à South Home. Bien qu’elle soit née avant l’émigration de sa famille, elle ne garde aucun souvenir de son pays natal et le plus ancien qu’elle garde en mémoire date de ses cinqs, un an après leur venue en terre inconnue.
Vivant modestement dans un appartement dans une ville voisine de Bad Kissingen, bien moins tranquille que celle-ci, elle eut très tôt affaire à de fortes têtes. Ainsi, dès le primaire, elle se révéla être une excellente leader qui savait mener par le bout du nez la plupart de ses subordonnés. D’une vivacité d’esprit étonnante, elle faisait preuve d’une ruse et d’une obstination quasi-comiques. Rien n’ébranlait la fillette au regard de braise. Au collège, elle ne put être à la hauteur des espérances de sa mère qui voulait qu’elle soit une élève studieuse et modèle. D’un caractère un peu masculin, la demoiselle préférait s’amuser et profiter de la vie. Le jour de ses treize ans, son grand père mourut. C’était la première fois qu’elle voyait un mort. Qu’elle touchait une peau glacée. Cette expérience resta éternellement gravée dans sa mémoire. Le souvenir d’une tendresse évaporée.
Au lycée, ce fut autre chose. L’adolescence et la puberté surtout. Le garçon manqué franc et têtu devint une jeune fille au charme ravageur et calculateur. Un leader, voilà ce qu’elle était et restait. Autant dire tout de suite que sa conduite choqua sa pauvre mère, assez catholique. Mais elle avait beau la voir changer de partenaire comme de chemise, elle ne disait rien. C’était perdu d’avance. Le papillon frivole ne s’attrapait pas. Elle fit des études en psychologie, eut son diplôme et travailla pendant quelques temps dans un asile psychiatrique. Ce fut un enfer. Elle se jeta presque avidement sur l’offre que lui proposait le poste vide de psychologue à South Home. Elle se mit donc à travailler, l’année même où son père prit sa retraite.
AGE; 23 ans (Travaille depuis un an à South Home) NATIONALITÉ; Espagnole/Allemande (Double nationalité) GROUPE; Personnel Soignant (Psychologue)
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Eva Rodrigues
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